Samedi 12 novembre 2005 6 12 /11 /Nov /2005 00:00

Notre système économique et financier, basé sur le papier-monnaie, est il voué à disparaître ?

Par Luigi Chiavarini

 

La fonction principale de la finance est d’assurer le transfert de la richesse dans le temps.

En réalité, la finance ne fait que vendre, contre de la monnaie (qui, elle, donne droit à jouir immédiatement d’une part de la richesse produite aujourd’hui), un « droit » sur une part de la richesse qui sera produite dans le futur. Et elle organise, jusqu’à leurs échéances, la revente de ces droits, leurs circulations. Ces droits sur la richesse future ne sont en réalité que des promesses. Et une promesse n’engage que celui  ou celle qui y croit. Rien, absolument rien, ne permet en effet d’en faire des droits sûrs, qui seront honorés quoi qu’il arrive dans le futur. Pour que notre « système » économico financier basés sur une logique capitaliste « économie de marché » continue de fonctionner nous sommes condamner à faire Confiance à ses acteurs, en leurs capacités à assumer la fonction principale « la promesse de transférer la richesse dans le temps » et à Croître afin d’augmenter, à travers le temps, la valeur de cette richesse, quoiqu’il arrive. En effet, les deux piliers du temple capitaliste sont la Confiance et la Croissance. Si l’un deux vient à faillir, d’une façon durable, tout l’édifice s’écroule.

Après avoir défini l’objectif et les enjeux de cette partie, expliquons en les règles :

L'économie, c'est assez compliqué, c'est plein de poudre aux yeux et d'idéologie, et le quidam  - à qui on n'a jamais appris comment ça fonctionne - ne peut que s'attarder à dénoncer (exercice parfaitement vain...) des symptômes visibles comme les inégalités, le sous-emploi, la lourdeur de la réglementation, les faillites, la volatilité des marchés, les déficits public et privé, les fraudes, la fracture sociale etc.. Alors, on englobe tout ça dans le "système", sorte de grosse bestiole mythologique à l'ADN indéchiffrable grâce auquel vit un microcosme impénétrable de fonctions à haute valeur inutile synthétisées sous le vocable ésotérique: la finance de l’économie de marché.

Pourtant, ce n'est pas si compliqué. En fait, la première chose à constater est que la fin du système est inscrite dans la logique même du système. Et, deusio, que l'origine des symptômes réside exclusivement dans le système de papier-monnaie qui régit le monde actuellement.

En bref, le seul problème économique, comme dirait mon épicière, c'est l'argent.

 

La manière la plus pédagogique d'expliquer le fonctionnement du système est de jouer à un petit jeu. Appelons-le le « jeu des C. [1] »

 

D'abord le jeu à 2.

Vous, vous êtes le banquier central, et votre ami Alan est votre client. En tant que banquier central, vous émettez des billets de banque de la seule monnaie dont vous autorisez la circulation : p.ex., vous appelez votre monnaie l'UJC (Unité du Jeu de C). L'UJC, et comme l'euro ou le dollar, ne sont bien sûr le substitut d'aucune richesse réelle.

 

Sur votre photocopieuse, vous fabriquez donc 100 billets de 1 UJC, que vous prêtez à Alan pour une durée de 1 an, à un taux d'intérêt de 5% l'an. Après 1 an, Alan doit donc vous rembourser 105 billets de 1 UJC.

 

La fausse monnaie étant interdite dans le jeu, à votre avis, comment Alan fera-t-il pour trouver les 5 billets manquants ?

Car les 5 billets des intérêts, hé bien, ils n'existent pas. Dès la première minute du jeu, Alan est déjà insolvable : même s'il offre tous ses biens en échange des billets manquants, il ne les trouvera pas, puisqu'ils n'existent pas.

 

La seule manière pour que Alan puisse rembourser est que vous remettiez votre photocopieuse en route afin de lui prêter les 5 billets qui manquent. Naturellement, vous prêtez ces 5 billets toujours à du 5% l'an. Et s'il vous remet, cette année-là, les 105 billets, il n'y a plus aucun billet en circulation, alors que Alan a toujours une dette de 5 unités. Les intérêts continueront donc à courir à l'infini. Et chaque année, vous serez obligé d'émettre de nouveaux billets que vous prêterez à Alan, billets qu'il utilisera pour vous payer les intérêts échus. La dette de Alan s'accroîtra donc à l'infini (en théorie du moins : car lorsque Alan dira "ce jeu est trop con, j'arrête de jouer", alors le jeu s'effondre).

 

Voilà : si vous avez compris ça, vous avez déjà compris l'essentiel du fonctionnement du papier-monnaie, et, partant, de notre système économique.

 

Maintenant, le jeu à 3.

 Vous êtes toujours le banquier central. Vous prêtez 100 billets de 1 UJC à Alan et 100 billets de 1 UJC à Jean-Claude.

 Jean-Claude et Alan doivent chacun vous rembourser 105 UJC à la fin de l'année. Et le problème est toujours le même : il n'y a que 200 UJC en circulation.

 

Et c'est ici que les choses deviennent intéressantes, et mériteraient une petite caméra-espion comme dans les télés réalité : afin de pouvoir rembourser 105 billets à la fin de l'année, Alan va tenter de soutirer des billets à Jean-Claude, et inversement. De la sorte, s'il est le plus malin (ou s'il est armé), Alan sera solvable, mais pas Jean-Claude.

 

Le système est ainsi conçu que pour pouvoir rembourser, il ne sert à rien ni de travailler, ni de produire des richesses : la seule manière de continuer le jeu est de prendre - d'une manière ou d'une autre - de l'argent chez les autres.

 

Dans un jeu plus élaboré, où tout le monde est contraint par les milices de fonctionnaires armés de participer, le jeu peut ainsi se poursuivre pendant des décennies. Et plus le temps passe, plus l'insolvabilité globale augmente, et plus les gens auront tendance à utiliser tous les moyens (et la violence notamment) pour tenter, individuellement, de surnager.

 

On notera que 2 risques surgissent à cette occasion :

(1) toujours le risque que Alan dise "je ne joue plus", càd qu'il refuse de continuer à travailler, inventer et entreprendre dans ces conditions, et

(2) le risque que la violence ainsi générée entre individus finisse par se retourner contre le système.

 

Et c'est à contenir ces 2 risques que sert l'Etat.

 

Pour contenir le 1er risque, l'Etat impose son monopole sur la monnaie, et fait voter, année après année, des lois de plus en plus répressives sensées interdire toute autre forme d'échange.

Et pour contenir le 2ème, l'Etat a pris pour rôle d'être la "réserve" de la dette : plutôt que de laisser s'endetter outre mesure directement les individus (ce qui aurait provoqué un chaos tel que le système serait par terre depuis longtemps), l'Etat s'endette lui-même au nom des individus. Ce faisant, l'Etat fait coup double : il sert de "vase d'expansion" à la dette globale (ce qui limite, comme dans un circuit de chauffage, la surpression des individus), tout en s'assurant le financement des indispensables capacités répressives afin, d'une part, de maintenir tout le monde dans le bocal fermé du système (il s'agit bien d'un système autarcique), et d'autre part, de pouvoir pomper les richesses produites par les citoyens.

L'Etat, (sur)endetté, tente parallèlement de maintenir un bon "rating" de sa dette, càd la capacité de pouvoir emprunter à des taux pas trop élevés. Le "rating" de chaque Etat est attribué par des agences de notation internationales, qui notent la capacité de l'Etat à honorer le paiement des intérêts de sa dette.

 

Comme le système n'est pas stable (vu l'inéluctable endettement, toujours croissant), les Etats se voient contraints de renforcer leur pouvoir afin de maintenir le rating de leur dette à un niveau raisonnable.

 

Mais l'exemple japonais (rating A2 depuis peu) montre qu'il y a néanmoins une chose qu'aucun Etat ne pourra jamais faire : c'est contraindre les gens à s'enthousiasmer pour le surendettement, à continuer à inventer et à donner le meilleur d'eux-mêmes pour cela. En URSS, le ressort s'est cassé pour de bon dès les premières purges. Au Japon, il s'est cassé voici plus de 10 ans. Et maintenant, c'est à notre tour d’abord les et ensuite les européens.

 

Avant d'inventer le Jeu de C. nous jouions à un jeu moins virtuel car, alors la monnaie était le substitut d'une richesse physique disponible en quantité limitée (or, immobilier, actions, pétrole, oeuvres d'art, etc.), il n'y avait aucun  problème de solvabilité (et aucun besoin d'un monopole quelconque !), puisque les richesses étaient produites (ou extraites) par le travail.

 Par exemple, si votre monnaie est un substitut de l'or, et si vous prêtez, de fait, l'équivalent monnaie de 100 grammes d'or à Alan, il suffit pour Alan (directement ou indirectement) de se retrousser les manches et de trouver chaque année 5 grammes d'or dans le sol, qu'il vous remet,que vous stockez dans votre coffre, et que vous utilisez comme garantie pour émettre de nouveaux billets (ou vous pouvez aussi inverser l'ordre, et faire rentrer les billets correspondant aux intérêts dans le circuit via des achats à la mine d'or).

 A l'origine, l'intérêt représentait naturellement le prix du renoncement de la jouissance immédiate d'un bien par un prêteur. Quelle est la justification de l'intérêt que demande la BCE ou la FED ou les autres banque centrale pour l’émission, non contrôlée, de leur papier-monnaie (qui n'a rien d'une richesse !), à part l'intérêt bien compris de certains à perpétuer le Jeu de C. ?

 

A ce sujet, voici une belle prémonition, celle du père du financier Warren Buffet, Howard Buffet, qui était membre du Congrès en 1948, il disait lors d’une intervention prophétique:

 

“Human Freedom Rests on Gold Redeemable Money”[2]

 

En voici un extrait:

«En raison de la puissance économique des Etats-Unis, cela peut prendre du temps jusqu’à ce qu’on arrive à la fin de l’expérience du papier-monnaie. Mais quand ce jour viendra, notre gouvernement trouvera certainement qu’il est plus sage de faire une guerre à l’étranger que d’engager un débat dans le pays. C’est ce qu’ont fait Hitler et d’autres dirigeants.

Si l’on veut sauvegarder la liberté humaine, il n’y a pas de défi plus important que de gagner le combat pour la réintroduction d’une monnaie honnête, c’est à dire convertible en or. C’est le seul moyen d’être sûr que les fruits de notre travail nous resteront.»

 

Bis repetita, une guerre à financer, des déficits abyssaux, un pétrole cher, des taux d’intérêts très bas, l’or à la hausse, cela ne vous rappelle t’il pas quelque chose ? Bien sur, nous sommes dans les mêmes circonstances qu’en 1971, l’année qui entre autre évènement importants à vu définitivement s’évanouir les accords de Bretton Woods.(convertibilité du $ en or) et qui vu les prémisses du consensus de Washington , base de la doctrine néolibérale.

Le miroir de l’histoire lui renverra t’elle le négatif de son image ? Quoiqu’il en soit nous sommes à la veille d’un changement majeur dans les règles du « jeux de C. »

 

Vous l’aurez compris :

Notre système financier n’est pas éternel parce qu’il est fondé sur des concepts manipulables et virtuels alors que, seule la valorisation de nos richesses à partir d’un étalon physique présent en quantité mesurable et limitée (rare) sur notre planète peu rendre pérenne la transmission de la (notre) richesse dans le temps.

Notre système financier n’est pas éternel parce qu’il est issu du commerce des promesses, et une promesse n’engage que celui ou celle qui y croit rarement celui ou celle qui la faite.

Notre système n’est pas définitif parce qu’il est fondé sur un postula simple : l’entreprise doit être dirigée dans le seul intérêt de ses actionnaires qui se confond insidieusement avec celui de ses dirigeants.

Notre système financier n’est pas durable parce que, étant condamné à croître, nous nous apprêtons à léguer aux générations à venir des dettes financières majeures et des pénuries matérielles de matières premières  irréversibles.

 

Tout se passe comme si le présent était notre seul avenir. Pourtant, il est important que nous puissions rêver un futur durable pour pérenniser le bien être que nous avons pu créer, et la réalisation de ce rêve passera, probablement, par la refonte du mécanisme de transfert des valeurs, et pas seulement matérielles.



[1] Avec C comme Capital, Confiance et Croissance.

 

Par Luigi Chiavarini - Publié dans : Politique monétaire / Système financier
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Samedi 12 novembre 2005 6 12 /11 /Nov /2005 00:00

L’OMC : la « boîte noire » qui libéralise le commerce international.

 

 

Par Luigi Chiavarini, Professeur d’économie et finance INVESTA et International Account Director GETRONICS

 

Email : luigi.chiavarini@gmail.com  Siteweb: www.investa-bourse.be

 

La 6° Conférence ministérielle de l’OMC[1] qui se réunira à Hong Kong courant décembre est actuellement en cours de préparation à Genève, évitant ainsi les feux des projecteurs et la pression populaire qui ont contribué aux précédents blocages; et des choses importantes risquent de s'y décider dans le cadre de la régulation du commerce, ou plus exactement de la libéralisation du commerce mondial. En effet, L’OMC libéralise! C'est pour ça qu’elle a été mise en place, dans l'esprit d'augmenter au maximum le libre-commerce, et donc d'augmenter au maximum la libre-concurrence dans le commerce international. Cela correspond à cette vieille idée libérale selon laquelle on a toujours intérêt à organiser au niveau international ce qu'on appelle la "division internationale du travail", c'est-à-dire cette idée selon laquelle le commerce libre est l'alpha et l'oméga du développement, voire du bonheur sur terre. Et l’OMC, depuis qu'elle existe, c'est-à-dire depuis 1994, met en place une libéralisation dans pratiquement tous les domaines d'activités humaines, c'est-à-dire tous ceux qui sont soumis au commerce : l'agriculture, la propriété intellectuelle, les marchés non agricoles, les produits industriels...., et  les services, ce qui est très important, car les services représentent, en Europe, 62% de la création de richesse. Cette partie correspond à un accord de l’OMC, l'Accord Général du Commerce des Services, l’AGCS, qui a été mis en place simultanément à  la création de l’OMC.

 

Quel est l’objectif de l’AGCS?

 

 Le préambule de l’AGCS le dit clairement : "parvenir à une libéralisation maximale, de tous les secteurs de tous les services". "Libéralisation", ici, veut dire "mise en concurrence", de tous les services et de tous les fournisseurs de services quelles que soient leurs méthodes et quelle que soit leur provenance. Il y a une douzaine de secteurs qui sont ainsi définis par l’AGCS, et il y a plusieurs méthodes pour arriver à cette mise en place de la libéralisation. Cette mise en place de la concurrence est le coeur même du dispositif de l’AGCS, et c'est ce mécanisme qu'il faut bien comprendre: les réglementations intérieures des Etats sont dans l'oeil du viseur. Cela signifie qu'il y a un article de cet accord, l'article 6.4, qui dit que les réglementations intérieures doivent être modifiées pour s'adapter aux règles du commerce international, et notamment ce qu'on appelle les "obstacles non nécessaires au commerce". Alors les "obstacles au commerce", on sait ce que c'est - depuis que le GATT[2] existe, c'est-à-dire depuis 1947, on a une idée précise de ce que c'est qu'un obstacle au commerce international. Mais un "obstacle non nécessaire"? Alors là on rentre dans le flou, dans ce qui n'est pas défini, et on donne alors à cet accord-là un champ d'application tout à fait considérable, qui va modifier réellement le type de société dans lequel nous vivons, surtout quand on réalise que, nécessairement, cet accord va s'appliquer aux Services Publics. Et à partir de là, le problème considérable de cet accord, c'est que les Etats qui participent à l’OMC, c'est-à-dire tous les Etats du monde pratiquement, vont être amenés à changer leurs réglementations intérieures pour pouvoir se conformer aux règles du commerce international qui deviendront supérieures à toutes les autres.

 

Mais dans quels domaines précisément ? Il y a une douzaine de secteurs:ça touche aussi bien la culture, que l'éducation, la recherche, la santé, la distribution d'eau…. Cela concerne 161 sous-secteurs, et au cas où on en aurait oublié, il y a un grand secteur de l’AGCS qui s'appelle « autres ». C'est-à-dire qu’en gros, l’AGCS couvre pratiquement toutes les activités humaines, sauf quatre, qui sont expressément exclues de cet accord, et qui sont l’armée, la police, la justice et l'émission de monnaie. Toute les autres activités humaines, relève de cet accord-là, même par exemple, des choses qui peuvent paraître tout à fait étranges pour nous: le simple fait d'amener l'électricité chez quelqu'un, c'est un service; le simple fait d'amener l'eau chez quelqu'un, c'est un service, donc ça rentre dans le cadre de cet accord; l'éducation est un service, la santé est un service, la culture, la recherche, tout cela ce sont des services et donc, ils rentrent dans cet accord. Que ce soient des Services Publics ou non d'ailleurs.

 

L’OMC ira-t-elle jusqu’à considéré que l’atmosphère que nous respirons est un service marchand ? Rien ne l’y empêche aujourd’hui.

 

"Au total l’OMC tend à libéraliser et à organiser le libre-échange". Or ce n’est pas si mal à priori... C'est même bien, le libre-échange... Quel est le problème ?

 

Oui libéraliser est parfois utile, mais cela dépend du type de société que l’on veut! Et ça peut poser un problème très sérieux, lorsqu'il est question d'essayer de mettre en place, ou de sauvegarder, un minimum de solidarité, ou de tenter de mettre en place une certaine cohésion du tissu social.... Le libre-échange, ce n’est pas toujours LA solution! En effet, si on prend la question actuelle du textile, la suspension de l'Accord multifibres, par exemple, a abouti à ce qu’il y ait une invasion réelle des marchés, en provenance de Chine, avec des produits qui sont fabriqués dans des conditions sociales et salariales absolument déplorables. Or, l’OMC ne fait pas la différence entre ces produits et les autres... Elle ne fera jamais la différence entre un textile fabriqué par des employés syndiqués qui travaillent dans des conditions de travail normales, et un textile qui est produit et par une chinoise, - parce qu'en général il s'agit de femmes - qui est payée entre 12 et 15 € par mois. Evidemment, puisque le libre-échange permet ce type de concurrence, ça peut effectivement aboutir à la baisse des prix, mais ça aboutit également à des déchirements sociaux et à un abaissement des conditions de travail tels que l'on se finit par se demander à qui profiterait cette baisse des prix. Si on persiste dans cet exemple de l'Accord multifibres, on en a vu les conséquences chez nous, mais, parce qu'on n'en parle beaucoup moins dans les médias on a nettement moins vu les conséquences dans des pays comme le Bangladesh, qui avait beaucoup investi dans le textile, ou des pays déjà très pauvres, comme le Pakistan, qui ont vu leur chômage augmenter d'une manière considérable du fait de l'accord sur le textile. On pourrait multiplier les exemples, agriculture, transport, industrie manufacturière …!

 

D’un autre coté côté, pour des pays comme l'Inde ou la Chine, cela pourrait favoriser le développement d’une classe moyenne, et en acceptant le libre-échange, on permet l'émergence d'une classe moyenne dans les pays du Tiers-Monde.

 

En effet le commerce international n'est pas en soi quelque chose qui est scandaleux. Cela fait partie des échanges, tels qu’ils existent depuis l'Antiquité probablement. Là où cela devient problématique, c'est quand, au motif de faire du commerce international, on change les sociétés, on impose des règles à des sociétés (telle la nôtre) dans des conditions qui sont profondément antidémocratiques: au motif du respect ou de la promotion du commerce international, on est en train de détruire un certain nombre de solidarités, de détruire un certain nombre d'organisations sociales, de précariser une grande partie des citoyens , sans que jamais les gens qui sont concernés ne soient informés, ne soient simplement même consultés, sur des décisions qui sont prises ailleurs et contre eux.

 

Les décisions de l’OMC sont annoncées a posteriori et contrairement à toutes règles de démocratie, elles ne sont pas soumise à débat public, de plus elles engagent les pays membres à modifier, le cas échéant, les règlements nationaux, pour s’y conformer.Cette organisation semble donc être au dessus du modèle démocratique (dèmos, « peuple » et kratos, « puissance », « souveraineté »)  qui « semble » être en vigueur dans la plupart de pays membres. Elle empiète insidieusement sur la souveraineté nationale de ces membres.

 

Un Etat à pour vocation d’organiser, défendre et diminuer les risques (en mutualisant la valeur ajoutée produite) de l’organisation humaine qui le compose et qui l’a choisi, hors il existe certains type d’institutions supranationale et de directives qui semblent enfreindre, sournoisement, le libre arbitre des états à disposer d’eux mêmes. Dès lors à quoi sert encore un modèle du type état-nation, si ce n’est qu’à prélever les taxes qui rembourseront les intérêts des créanciers de la dette nationale ? Au fait, qui sont ses créanciers ?

 

Ceci dit, nous ne voudrions pas laisser croire que les Etats n'ont pas de responsabilités dans ce qui se passe. En Europe, par exemple, ce sont les Etats qui donnent mandat au commissaire. Attention, il ne faut pas que les états disent : « Ce n'est pas ma faute, c'est l'Europe qui décide ça »!! Ce n'est pas vrai du tout!! Les Etats donnent un mandat en disant: "Je suis d'accord pour que vous libéralisiez tel et tel et tel secteur d'activité". Bien sûr, le Commissaire européen a évidemment une responsabilité propre, et de ce point de vue, la Commission en question est d'un activisme parfaitement détestable! Mais la responsabilité fondamentale en Union Européenne pèse sur les gouvernements nationaux, sur nos élus politiques.

 

En résumé, l’OMC et l’AGCS tendent à transformer totalement les rapports de propriété sur la planète, de telle sorte que la moindre activité humaine, la moindre ressource matérielle, naturelle ou intellectuelle, deviennent des marchandises, c’est-à-dire des occasions de profit. Avec évidemment la volonté de rendre la chose irréversible. Au nom de l’« ouverture à la concurrence » et de la « liberté des échanges », se prépare un mode de vie insoutenable socialement et écologiquement parce que les richesses seront accaparées par une minorité[3] tandis que la majorité subira une exploitation accrue, parce que les services publics auront disparu, parce que tout le savoir aura fait l’objet de brevets et parce que la gestion des écosystèmes, de l’air et de l’eau aura été privatisée.Comble du délire : le droit à polluer , à nous autodétrurire en somme, a été élu au titre de générateur de spéculation et de profit . Le capitalisme n’a donc plus de projet humain commun pour l’humanité ? 

 

Vous l’aurez compris, les tensions sociales locales auxquelles nous assistons aujourd’hui ne sont que l’expression des peurs et des incompréhensions de nos concitoyens, des syndicats, du patronat[4] et également de nos élus politiques par rapport à l’incapacité de trouver un moyen adéquat pour interagir dans le processus de la mise en place d’un nouvel ordre mondial qui se fait à nos dépends et qui dépasse largement l’entreprise, la région ainsi que le cadre national.  Il est difficile de matérialiser, de comprendre une ombre, une idéologie sauf si comme Platon l’on ose sortir de sa caverne. (De son cadre de référence)

 

Il y a, de part le mouvement de mondialisation et de libéralisations des marchés, relayés par des institutions comme : l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, l’Union Européenne, les Etats-Unis,  et les Multinationales, un nivellement tectonique lent et irrémédiable des marchés qui conditionnera nos modes de vie dans les décennies futures. Nivellement qui peut se représenter par  l’effet des vases communicants : des plus pleins au plus vides ; moins de 2% de croissance en Europe, 3% au USA, plus de 9% en Asie ; nous allons passer d’ici 2020 d’un marché de 1 milliards de consommateurs (essentiellement Européens et Américains) à un marché de 5 milliards de consommateurs (plus que majoritairement Chinois et Asiatique). Terminons par une lapalissade : le pôle d’attraction économique planétaire se déplace inexorablement et ce déplacement ne nous sera probablement plus favorable.

 

Et Alors…? Il y a t’il des « lois » économiques incontournables qui s’imposeraient aux hommes? Certainement pas, l’avenir reste ouvert, pour peu qu’on ne craigne pas de penser et construire un après capitalisme. Les citoyens Européens ont déjà fait preuve de cette capacité au changement : les états généraux ont, au siècle des lumiéres, réussi à repenser la monarchie dite absolue pour le bien du plus grand nombre.Bis repetita placent...

 



[1] Organisation mondiale du commerce, successeur du GATT qui réuni 146 pays membres qui représentent 90% du commerce mondial

 

[2] GATT avait pour objectif de réduire, voire annuler les droits douaniers.

 

[3] 5% de la population mondiale détient 100% de la capitalisation boursière planétaire dont 1% détient 50 % de cette valeur.

 

[4] Une poignée de gestionnaires d’actifs financiers imposent leurs vues (ROI>=15 %) aux dirigeants de quelques milliers d’entreprises cotées qui ne sont plus que les serviteurs dévoués d’une machinerie irrésistible dont l’horizon de fonctionnement est le très court terme.

 

Par Luigi Chiavarini - Publié dans : Libre échange / Capitalisme
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Samedi 12 novembre 2005 6 12 /11 /Nov /2005 00:00

Les pour et les contres du projet actuel de la Constitution Européenne.

 

Luigi Chiavarini

 

Professeur  économie et finance Investa www.investa-bourse.be

 

International Account Director GETRONICS .

 

Luigi.chiavarini@gmail.com

 

 

Voici la suite de l’exercice le pour et le contre de la constitution  proposé dans l’écho du 4 et 5 mai 2005

 

 

Les citoyens européens auront-ils le droit de peser directement sur les politiques de l'Union ?

 

 

POUR : La démocratie participative est inscrite dans le Traité avec sa mesure phare, le droit de pétition des citoyens  (article I-47). Pour la 1ère fois, les citoyens européens pourront, avec 1 million de signatures, inviter la Commission à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu'un acte juridique de l'Union est nécessaire.

 

 

CONTRE : Les dispositifs pour mettre en place concrètement la démocratie participative ne sont pas précisés. La Commission n'est jamais obligée d'examiner ou de prendre en compte les questions de la société civile. Le texte précise à chaque fois que la Commission est seulement invitée (article I-47) ou peut soumettre au Conseil. Il est question de voies appropriées pour interpeller les institutions mais sans préciser les modalités concrètes des recours que pourraient utiliser les citoyens. La Commission reste juge et arbitre des demandes de la société civile.

 

 

Comment s'opère le rééquilibrage des institutions en faveur du Parlement européen ?

 

 

POUR : La Constitution énonce que le Parlement européen exerce conjointement avec le Conseil des ministres les fonctions législative et budgétaire (27 domaines) (article I-20). Ce qui est un grand progrès par rapport au Traité de Nice.

 

 

CONTRE : Le Parlement ne peut, à aucun moment, proposer une loi nouvelle. La Commission exerce seule l'initiative des lois. Un acte législatif ne peut être adopté que sur proposition de la Commission (article I-26).

 

 

Quels sont les nouveaux pouvoirs du Parlement européen ?

 

 

POUR : En plus de la codécision avec le Conseil en matière budgétaire et législative, le Parlement européen élit le Président de la Commission européenne.  Il exerce des fonctions de contrôle politiques et consultatives (article I-20).

 

 

CONTRE : Le seul pouvoir de blocage des institutions, dont peut user le Parlement européen, est de censurer la Commission.

 

 

La Belgique sera-t-elle bien représentée avec le futur système de désignation des commissaires ?

 

 

POUR : La Commission parle au nom de l'intérêt général, donc au nom de tous les peuples. Elle répond au souci d'efficacité. On ne peut pas décider à 25. Les 13 commissaires européens seront choisis pour leur compétence et leur engagement européen, offrant toute garantie d'indépendance (article I-26).

 

 

CONTRE : Jusqu'en 2009, chaque Etat aura son commissaire. Au delà, le collège avec le Président de la Commission ne réunira que 13 commissaires européens sélectionnés selon un système de rotation. La Belgique pourra n'avoir aucun commissaire pendant une période de rotation.

 

 

L'Union aura-t-elle plus de lisibilité politique ?

 

 

POUR : L'élection d'un Président pour 2 ans et demi, et la fin de la présidence tournante du Conseil européen, permettront enfin de donner un visage à l'Union européenne. L'Europe a une responsabilité face au monde de réussir ses fondations politiques assises sur la paix, la démocratie, l'égalité des citoyens, la justice et la prospérité économique. Derrière la ratification de la Constitution, il y a des enjeux géostratégiques majeurs. L'Europe pourra prendre des initiatives pour résoudre les nombreux conflits de territoire qui ensanglantent la planète, si elle sait afficher sa cohésion par l'adoption d'une Constitution, preuve de son ambition et de sa puissance politique.

 

 

CONTRE : La fin de la présidence tournante constitue un réel progrès pour que l'Union soit représentée, sur la scène internationale, par une personnalité bien identifiée, mais reste entière la question des marges de manœuvre qui lui seront confiées pour prendre, dans les situations d'urgence, des décisions ou des positions diplomatiques au nom de l'UE.

 

 

La méthode communautaire est-elle démocratique ?

 

 

POUR : La méthode communautaire crée du consensus en visant, étape par étape, des avancées et des convergences. Cette méthode désamorce les oppositions en amont. Elle a l'ambition de définir l'intérêt général au dessus des intérêts particuliers. Cette méthode du compromis crée un modèle de démocratie apaisée. En outre, depuis Maastricht, les peuples sont régulièrement consultés sur les étapes de la construction européenne.

 

 

CONTRE : La méthode communautaire, qui est vantée comme celle des petits pas, crée de l'irréversibilité. Elle est une logique du fait accompli. Le Parlement européen n'est consulté qu'en aval alors que c'est en amont que les orientations politiques devraient être validées par lui en cohérence et concertation avec les Parlements nationaux.

 

 

Les valeurs de l'Union font-elles l'unanimité ?

 

 

POUR : Oui, elles sont résumées dans la première partie du Traité qui définit les fondements de l'identité européenne : humanisme, égalité, liberté, dignité humaine, égalité entre les femmes et les hommes... (article I-2). La  reconnaissance des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe figure en première ligne du Préambule de la Constitution. A quoi s'ajoute la promotion de la paix, de la justice et de la solidarité entre Etats membres (article I-3).    La Charte des Droits fondamentaux, qui constitue la partie II du Traité, est mentionnée dans la partie I en reconnaissance des principes humanistes qu'elle énonce (article I-9).

 

 

CONTRE : L'article II-70 sur la liberté de pensée, de conscience et de religion contient une formulation : liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites, sur laquelle pourraient s'appuyer tous les intégristes pour faire prévaloir leur droit à la différence sur la loi générale et nationale. La laïcité n'est pas citée en Préambule dans les valeurs de l'humanisme. La mention de l'héritage religieux laisse apparaître la primauté de la culture judéo-chrétienne dans la plus part des pays européens. Les difficultés et les hostilités que soulève l'entrée de la Turquie dans l'UE révèlent le projet sous-jacent d'une bonne partie des pro-européens, notamment les démocrates chrétiens, de faire de l'Europe un club chrétien. L'Europe est encore très loin du modèle républicain laïc auquel certains Européens sont attachés.

 

 

L'Europe a-t-elle, avec la Constitution, les moyens d'aller de l'avant ?

 

 

POUR : Les coopérations renforcées sont inscrites dans le Traité (article I-44). Des Etats membres qui souhaiteraient instaurer entre eux une coopération renforcée, dans le cadre de compétences non exclusives de l'Union, peuvent recourir aux institutions. Des coopérations renforcées peuvent être instaurées par 1/3 minimum des Etats membres qui le souhaitent dans le cadre des compétences non exclusives de l'union, y compris pour la PESC et la Défense.

 

 

CONTRE : Les coopérations renforcées pallient médiocrement l'échec de l'intégration de l'UE sur quoi s'opposent fédéralistes, souverainistes et conservateurs. Elles ne remplaceront pas le grand projet politique, social, économique et diplomatique qui n'a pas vu le jour et qui aurait fédéré solidement les 25 pays membres. Le subterfuge des coopérations à géométrie variable prouve que l'élargissement a été trop rapide et que le socle communautaire en ressort très fragilisé.

 

 

L'Europe a-t-elle des frontières précises ?

 

 

POUR : La volonté d'un peuple de nouer son destin à celui des Européens est le premier principe de l'adhésion à l'UE à quoi s'ajoutent des critères objectifs de convergences démocratique, sociale et économique. L'Europe est ouverte à tous les pays du continent qui mettent en place des politiques conformes aux valeurs de progrès social, de prospérité économique, de justice et d'action internationale en faveur de la paix (article I-3). Pratiquement, la Russie étant un pays trop grand pour rentrer dans l'UE, seule se pose la question de l'entrée, à terme, de la Turquie et de l'Ukraine.

 

 

CONTRE : L'Europe n'est pas extensible. L'identité européenne est contenue dans les frontières dessinées par l'histoire et la géographie. L'héritage judéo-Chrétien singularise l'Europe. Les frontières de l'Europe s'arrêtent aux portes de l'Asie. L'extension sans limites de l'Europe la condamne à n'être qu'une zone de libre échange et enterre définitivement tout projet politique confédéral ou fédéral. Il faut faire un pose dans les élargissements.

 

La Constitution simplifie-t-elle la compréhension des institutions de l'UE ?

 

 

POUR : Oui, car elle fusionne l'ensemble des anciens traités avec 448 articles et elle simplifie en clarifiant la répartition des pouvoirs entre le Parlement européen, le Conseil des ministres et la Commission.

 

CONTRE : L'Europe, avec ce Traité constitutionnel, n'est toujours pas compréhensible pour la majorité des Européens. Le chapitre III consacré aux Politiques et Fonctionnement de l'Union n'aurait jamais du être inclus dans le texte. Ce ne sont pas des principes constitutionnels mais des règles de fonctionnement qui diluent le message qui aurait du s'arrêter au chapitre I avec, en annexe, la Charte des Droits fondamentaux

 

 

 

Les délocalisations menacent-elles la solidarité entre membres de l'UE ?

 

 

POUR : L'exemple de l'intégration de l'Espagne et du Portugal montre qu'un pays trouve sa place dans l'UE avec des implantations et des transferts économiques entre Etats membres sans que cela entraine un déclin général, au contraire. Il est normal que les pays d'Europe centrale accueillent des investissements. Mais il est nécessaire aussi que le poids des fonds structurels soit coordonné avec les efforts de chaque pays en matière fiscale.

 

 

CONTRE : Les Etats membres ne peuvent pas payer deux fois l'élargissement. Si les fonds structurels vont majoritairement aux Etats de l'Europe centrale pour qu'ils rattrapent leurs retards, les pays fondateurs ne peuvent payer encore une fois par les délocalisations d'entreprises dans ces pays à la fiscalité et aux charges salariales très faibles. La solidarité entre les Etats membres n'existera pas si des harmonisations sociales et fiscales ne sont pas rapidement mises en place pour une compétition économique loyale et de croissance commune à l'intérieur des frontières de l'Union.

 

 

 

La Constitution réoriente-t-elle l'Europe vers un développement durable ?

 

 

POUR : Le développement durable est énoncé dans les Objectifs de l'Union, ainsi que l'amélioration de la qualité de l'environnement (article I-3). Les exigences de la protection de l'environnement doivent être intégrées dans la définition et la mise en oeuvre des politiques afin de promouvoir le développement durable (article III-119). L'espace européen est le bon périmètre pour traiter les problèmes écologiques qui n'ont pas de frontières. L'Union tire vers le haut les législations sur l'environnement, la santé des consommateurs et les énergies renouvelables.

 

 

CONTRE : Les questions environnementales sont bien au cœur des politiques de l'Union. Mais la Commission, par les normes qu'elle édicte, se mêle abusivement de tout. La vie des territoires est menacée par ces règlementations qui portent préjudice à la pérénnité des cultures, productions et traditions nationales et régionales. Le Traité est catégorique : Sont incompatibles avec le marché intérieur les aides accordées par les Etats membres qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines productions (article III-167).

 

 

Le Traité porte-t-il atteinte à la souveraineté des Etats membres ?

 

 

POUR : La Constitution introduit un droit nouveau pour tout Etat membre de décider de se retirer de l'Union (article I-60). Elle précise que celle-ci respecte l'identité nationale des Etats membres, inhérente à leur structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne l'autonomie locale et régionale (article I-5). La Constitution n'est pas fédérale.

 

 

 

CONTRE : La souveraineté des Etats n'est pas formellement bafouée dès lors que ceux-ci ont signé librement les Traités qui ont jalonné les étapes de la construction européenne. Mais le caractère irréversible de la méthode communautaire, ainsi que le défaut de consultation, en amont, des citoyens de l'Union sur les grandes orientations de l'intégration européenne (consultations populaires très exceptionnelles), créent un déficit démocratique et un rejet du projet fédéraliste européen, si ce n'est de l'Europe elle-même.

 

 

Le Traité constitutionnel respecte-t-il l'autonomie des collectivités territoriales ?

 

 

POUR : La subsidiarité, déjà énoncée dans le Trait de Maastricht, figure en bonne place  pour rappeler que dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si les objectifs envisagés ne peuvent pas être atteint de manière suffisante par les Etats membres aux niveaux central, régional et local (article I-11).

 

 

CONTRE : La subsidiarité n'est qu'un principe théorique et virtuel. Aucune directive de la Commission n'a jamais fait l'objet d'un recours d'une collectivité territoriale quelconque exigeant de retrouver son autonomie de décision par la preuve sa meilleure compétence locale.

 

 

La Constitution se porte-t-elle garant des services publics ?

 

 

POUR : La Constitution reconnaît la place qu'occupent les services d'intérêt économique général en tant que services auxquels tous dans l'Union attribuent une valeur, ainsi qu'au rôle qu'ils jouent dans la promotion de la cohésion sociale et territoriale (article III-122). L'Union reconnaît et respecte l'accès aux services d'intérêt économique général tel qu'il est prévu par les législations et pratiques nationales (article II-96). Les missions de service public sont requalifiées dans l'article III-166 : entreprises publiques et entreprises auxquelles les Etats membres accordent des droits spéciaux ou exclusifs. Si elles sont soumises aux dispositions de la Constitution, notamment aux règles de la concurrence, il est néanmoins précisé : dans la mesure où l'application de ces dispositions ne fait pas échec à l'accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie (article III-166). Il existe donc une base juridique pour défendre les services publics c'est une question de volonté politique.

 

 

CONTRE : Sont incompatibles avec le marché intérieur et interdits tous accords entre entreprises, toutes décisions d'associations d'entreprises et toutes pratiques concertées, qui sont susceptibles d'affecter le commerce entre Etats (...) ou de fausser le jeu de la concurrence (article III-161). Cette interdiction s'applique à toutes les entreprises, publiques ou chargées de la gestion de services d'intérêt économique général (article III-166).Le Traité fixe un cadre à ces services d'intérêt général : il faut qu'ils fonctionnent dans des conditions économiques et financières qui leur permettent d'accomplir leurs missions, la loi européenne définissant ces conditions. Cette précision exclut les services publics dont les principes ne reposent pas sur les équilibres budgétaires. Le terme de "service public" à proprement dit n'apparaît qu'une seule fois en lien avec certaines servitudes concernant les transports (article III-238).

 

 

L'Europe se donne-t-elle les moyens de sa puissance et de son rayonnement international en faveur de la paix ?

 

 

POUR : La Constitution crée le poste de Ministre des Affaires Etrangères de l'UE. La PESC est dotée d'une capacité opérationnelle s'appuyant sur des moyens civils et militaires. Les Etats membres mettent à la disposition de l'Union des capacités civiles et militaires. Ils s'engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires. Est instituée l'Agence européenne de défense (article I-41). La PESC aura désormais un visage et un nom (le ministre des Affaires étrangères) et pourra mobiliser des moyens pour mettre en oeuvre ses objectifs : maintien de la paix, prévention des conflits, renforcement de la sécurité internationale. La lutte contre terrorisme est mentionnée dans l'article III-309.

 

CONTRE : Le Traité reconnaît constitutionnellement l'OTAN, ce qui subordonne la politique de défense de l'UE aux logiques transatlantiques, pour ne pas dire aux intérêts américains. Ce lien organique de l'UE à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, qui reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l'instance de sa mise en œuvre (article I-41) pose un problème d'autonomie et d'affirmation propre de l'Union sur la scène internationale.

 

 

 

La société civile et les partenaires sociaux sont-ils reconnus constitutionnellement ?

 

 

POUR : Les institutions donnent aux citoyens et aux associations représentatives la possiblité de faire connaître et d'échanger publiquement leurs opinions dans tous les domaines d'action de l'Union (article I-47). L'Union promeut le rôle des partenaires sociaux. Elle facilite le dialogue entre eux. Ils sont partie prenante du Sommet social tripartite pour la croissance et l'emploi (article I-48). La Constitution reconnaît l'identité et la contribution spécifique des Eglises (article I-52)

 

 

CONTRE : La Commission décide des formes de consultation qu'elle entend proposer aux acteurs représentatifs de la société civile. Ni la qualité des interlocuteurs ni les critères de représentativité ne sont précisés. Elle règle seule le jeu de la démocratie participative. Ni la laïcité, ni la séparation des Eglises et de l'Etat ne sont mentionnés dans le Texte. Elles ne font pas partie des valeurs de l'Union. Aucune mention n'est faite à d'éventuelles mesures pour protéger les enceintes européennes des lobbies et groupes de pression économiques ou autres.

 

 

La Constitution peut-elle être révisée si les citoyens européens en forment le vœu ?

 

 

POUR : C'est à travers leurs représentants que les citoyens de l'Union peuvent pousser à des changements constitutionnels : le gouvernement de tout Etat membre, le Parlement européen ou la Commission peut soumettre au Conseil des projets de révision du présent traité (article IV-443). Le Président du Conseil européen convoquera alors une Convention, comme celle qui a présidée à l'élaboration du texte constitutionnel. La méthode de la Convention est pérennisée.

 

CONTRE : Non, les décisions majeures restent la prérogative du Conseil des Ministres de l'UE. Une éventuelle révision de la Constitution ne pourrait se faire que par la méthode de la Convention et d'initiative intergouvernementale. La Constitution ne prévoit pas que le Parlement européen se saisisse en Constituante pour engager une révision des institutions.

 

 

Que doit concrétement faire l’Europe pour retrouver son dynamisme, créateur de valeur et de richesse ?

 

         Les produits européens moyen de gamme subissent la concurrence des pays émergents .Il faut donc monter l’Europe en « Gamme ».

 

         Investir et développer les secteurs abrités de la concurrence des émergents:

 

        Services d’aide à la personne

 

        La distribution

 

        Services de proximité

 

         Intégrer ses marchés nationaux pour créer le plus vaste marchés au monde.

 

         Intégrer réseaux routiers, électriques et de connaissance.

 

         Intégrer des réglementations commerciales et fiscales communes. Utiliser une seule langue d’affaire.

 

         Investir le surplus bénéficiaire actuel en recherche et développement. (aérospatial, biogénétique, matières première -énergie alternative) et en formation du personnel.

 

         Unifier ses symboles : un Président, un drapeau, une devise, un hymne, un patriotisme EUROPEEN. (Croire en l’EUROPE) Aujourd’hui 1 jeunes (>18,<30 ans) sur 3 se dit Européen avant de siter sa nationalité.

 

 

Quoi qu’il en soit L’Europe sans constitutions restera la réunion de 25 puissances +/- fortes dont la résultante est un état faible alors qu’avec une constitution elle pourrait devenir la fédération de 25 états dont la résultante sera une puissance forte qui pésera d’autant plus sur le plan international qu’elle restera à la fois autosuffisante (90% des échanges commerciaux européen restent intracommunautaire) et humainement solidaire.

 

Par Luigi Chiavarini - Publié dans : L'Europe
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