Le fabuleux destin de l’économie à court terme justifierait-il le précaire destin de la planète à moyen terme?

Publié le par Luigi Chiavarini

Au XVIIe siècle, les économistes pensaient que la richesse ne pouvait être augmentée, il est vrai qu’il aura fallu 6000 ans depuis la première civilisation économiquement organisées, celle des Sumériens, pour que la machine à produire de la croissance démarre. Mais une fois lancée (en 1785, découverte de la machine à vapeur), l’économie mondiale a réalisé des prouesses. Production, échanges, pollution, démographie… tout a explosé ou presque. Voici quelques données éloquentes qui tentent à prouver que nous sommes une génération de nantis en sursis qui ne s’en rend pas toujours compte.

Mais avant, nous voudrions vous parler de la précarité d’un homme pourtant très puissant. Il n’avait pas de télévision, pas de DVD, de IPOD, de radio, de voiture pas même une vieille mobylette rouillée. Il dormait sous un toit, certes, mais dans un immeuble de banlieue puant et glacé, sans électricité et dépourvu d’eau courante. Pour ses besoins ? Un seau. Pour ses enfants malades ? Aucun médicament. Presque pas de livres et jamais de cinéma. Et avec ça aucune assurance, ni allocation familiale, ni CPAS, ni chômage, ni assistance : un pur scandale social. Son espérance de vie ? 33 ans au plus. Quel prolétaire occidental accepterait de vivre aujourd’hui dans d’aussi sordides conditions et avec si peu d’espoir de s’en sortir ? Aucun, évidemment. En son temps, pourtant, ce misérable n’était pas le plus à plaindre : il s’appelait Louis XIV. Et oui tout est relatif, au début du XVIIIe siècle l’homme le plus riche du monde, installé sur le trône d’un des pays les plus puissants de l’univers, était plus pauvre que le quidam contemporain. L’image est forte mais elle donne la mesure de l’éclat du feu d’artifice de croissance qui illumine la planète depuis deux cents ans et qui nous permet d’être aujourd’hui 20 fois plus à l’aise que les sujets de son temps.

Pendant des millénaires les courbes étaient comme la Belgique : pratiquement plates. Ni croissance, ni progrès, ni expansion démographique et puis, il y a un peu plus de 200 ans, les compteurs de l’économie mondiale se sont subitement affolés. 5000% d’augmentation du PIB, 800% de hausse de revenu par habitant, 500% de croissance de la population et tout est l’avenant. Nous sommes en moyenne six fois plus riches que nos grands parents.

Nos arrières arrières Grands Parents vivaient dans un monde ou l’on travaillait deux fois plus et sans congé ni couverture sociale, ou l’on produisait 30 fois moins, ou l’agriculture employait 75% de la population Européenne (5% aujourd’hui), ou l’espérance de vie se traînait aux environs de 50 ans, ou le monde comptait dix fois moins d’habitants. D’un point de vue purement financier, si l'on prend en compte l'inflation, le rendement annuel composé de la Bourse américaine, depuis 1802, a été de 7% exactement. En ne considérant pas l'inflation, le rendement annuel moyen de la Bourse a été de 10,2%. En termes de moyen de locomotion s’il fallait 9 jours de diligence en 1750 pour aller de Bruxelles à Venise il ne faut aujourd’hui qu’une heure quinze de vol. Dans un autre registre, le libéralisme et le système financier capitaliste permet aujourd’hui à tous nos contemporains occidentaux d’avoir le droit et l’accès à la propriété individuelle tandis que le socialisme ébauche les solidarités sociales. Et ceci sous la tutelle d’un système politique basé sur la représentativité des avis de chacun : la démocratie représentative.

 

Nous aurions matière à nous réjouir, mais toute médaille a son revers.

Dans le même temps, les inégalités entre les grandes régions ce sont creusées. En 1820, un Africain était trois fois moin riche  qu’un Américain ou Européen. Il est aujourd’hui 20 fois moins bien loti. Le bien être des occidentaux attise tragiquement la ferveur religieuse orientale creusant chaque jour un peu plus le fossé Nord/Sud. Le fabuleux essor de l’économie mondiale se solde également en émission de gaz carbonique (100 fois plus qu’en 1800), déforestation (30 % des forêts de la planète ont disparu), disparition d’espèces animales et épuisement des ressources fossiles et halieutiques.

La croissance de la population (et donc de cerveaux et de consommateurs) à été le principal moteur de ce phénomène de croissance exponentielle soutenue par le rythme rapide des découvertes majeures (le gouvernail d’Etambot, la machine à vapeur, le chemin de fer, l’électricité, l’atome, le semi conducteur, Internet…)

Et pourtant à la dimension de l’univers ce fabuleux destin humain reste insignifiant bien que paradoxalement déterminant pour la pérennité de la vie sur Terre, jugez en :

Prenons les six journées de la Genèse pour représenter ce qui, en fait, s'est passé en quatre milliards d'années. Une journée égale donc environ 660 millions d'années. Notre planète est née le lundi à zéro heure. Lundi, mardi, et mercredi jusqu'à midi, la terre se forme. La vie commence mercredi à midi et se développe dans toute sa beauté organique pendant les trois jours suivants. Samedi après-midi, à quatre heures, les grands reptiles apparaissent. Cinq heures plus tard, à neuf heures du soir, lorsque les séquoias sortent de terre, les grands reptiles disparaissent. L'homme n'apparaît qu'à minuit moins trois minutes. L’an 0 de notre ère naît à un quart de seconde avant minuit. A un quarantième de seconde avant minuit, commence la révolution industrielle et la croissance effrénée avec ce qu’elle entraîne en termes de destruction et d’entropie...Il est maintenant minuit, samedi soir, et nous sommes entourés de gens qui croient que ce qu'ils font depuis un quarantième de seconde peut continuer indéfiniment.

Il est illusoire, voire suicidaire,  de croire que nous pourrons croître à l’infini sur une planète qui dispose de ressources en quantité finie. Préservons Gaia[2] afin que ce fabuleux patrimoine de bien être puisse être transmis aux générations futures. La solution est simple : ralentir la machine à consommer, éviter les gaspillages, faire appel aux énergies renouvelable, rien de bien difficile en somme. Par exemple, l’application de ces trois principes permettrait à une famille standart (2 adultes, 2 enfants)  de diminuer sa consommation de 130 KWh/m²/an  à moins de 15 KWh/m²/an[3] soit 8 fois moins d’énergie par habitation par an. Sachant qu’il y a +/- 4.4 millions de ménages en Belgique, vivant en moyenne dans 100m², cela représenterait une économie de 50.600 millions de KWh par an. Soit 506.000 tonnes[4] de CO2 en moins par an dans l’atmosphère et an moins 1600 € d’épargne4 en moyenne par famille par an. Cela est évocateur n’est ce pas ? Il est remarquable de constater que nous accordons vraiment de l’importance aux choses dès lors quelles sont mesurable et mesurée. Dans ce contexte, puisse le Royaume du Bhoutan[5] être le précurseur de notre nouvel étalon de mesure de la croissance et de la pérennité : le BNB (Bonheur National Brut).



[1] Professeur d’économie et de finance auprès d’INVESTA et International Account Director GETRONICS, luigi.chiavarini@gmail.com

[2] Dans la mythologie grecque, Gaïa (aussi connue sous les noms Gè, Gaéa ou Gaia) est une déesse identifiée à la Terre-Mère.

[3] Source : La maison économe / Jean-Christian Lhomme

[4] Nous prenons 0.1kg de CO2 par kWh économisé (http://www.ademe.fr/outils/) et 0.13c par kWh  non consommé.

[5] Cet état mesure le bonheur individuel de chaque citoyen BNB plutôt que le PNB. Il prend en compte pour cela quatre facteurs : le développement socio-économique durable et équitable, la préservation de l'environnement, la protection du patrimoine culturel et la bonne gouvernance.

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economiser carburant 07/03/2006 23:17

Pas mal le blog :)


Marre de dépenser bêtement ? Le carburant est de plus en plus chere ?

Visitez donc economiser carburant



@ tres bientot ! Sur conduite economique