Quels Avenirs pour les banques européennes

Publié le par Luigi Chiavarini

 

 Quels avenirs pour les banques européennes ?

 

 

 

L’ « oligopoly » bancaires est désormais mondial. L’Europe bancaire va-t-elle enfin se construire ? Il s’agit là d’une absolue nécessité. L’Europe monétaire ne peut pas être, l’alpha et l’Oméga de la construction Européenne. Aucune zone géographique ne peut se développer durablement et harmonieusement sans opérateurs locaux de premier plan. Tentons de figer la photo du secteur bancaire Européen et d’en tirer les lignes de fuite structurantes.

 

 

Une bonne rentabilité mais insuffisante…

 

Les banques anglo-saxonnes affichent des performances supérieures à leurs homologues Européennes, pourquoi ?

 

En effet leur rentabilité mesurée par le résultat brut d’exploitation est durablement supérieur aux autres acteurs du secteur. Cela est sans doute le fait d’une adaptation plus adéquate à la libéralisation financière mais également à la génération de revenus tirés des activités financières résultant des conseils en financement d’entreprises et en restructurations d’une part, de l’accompagnement des fusions et acquisition d’autres part. Il est évident qu’il ne serait pas sérieux de dire que cela provient d’une meilleure  qualité de gestion microéconomique du risque (ex : crise du « subprime »). Quoique…Il faut bien se rendre à l’évidence : la différence majeure entre la banque Américaine et Européenne se trouve dans la politique monétaire (définie par les banques centrales) et dans les dispositifs prudentiels. Les banques les plus robustes et les plus rentables sont celles qui ont une base de « retail banking » étendue dans  des  pays où la politique monétaire est très agressive pour stimuler l’endettement des ménages et où le contrôle prudentiel est assumé de manière intégrée avec l’obligation de résultat. Or les banques anglo-saxonnes initient les crédits sans prendre les risques inhérents , qu’elles rejettent à leur insu, par le biais de la titrisation, sur d’autres agents économiques et notamment les ménages. Cette opération leur permettant de contourner les contraintes de la réglementation tel le respect du Ratio Mac Donough ou celui de Cooke. Cette stratégie, de dilution et d’intermédiation du risque couvert par le dogme du « too big to fail… », permet d’acquérir des parts de marché dans les business les plus rentables.

 

 

un potentiel de positionnement global précaire…

 

On peut dès lors se demander si la course à la taille répond à la même préoccupation de se protéger de l’environnement concurrentiel induit par le développement des marchés. En d’autres termes ce jeu stratégique consiste à devenir prédateur pour ne pas être la proie ou encore de créer des situations de monopole de fait générant une rente du même nom. Cette lutte pour le pouvoir n’est évidemment pas irrationnelle lorsqu’on comprend que la rationalité capitaliste est l’accumulation pour elle-même, pas le bien être de l’ensemble des populations de la planète. Hors, comme nous le constatons dans d’autres domaines, il n’est de limites à la soif de pouvoir que la régulation imposée. Il est dès lors urgent de définir une loi anti-trust multinationale pour mettre une limite à une logique de concentration du pouvoir financier qui n’a, à ce jour, pas de limite endogène.

 

Cette démarche de réglementation exogène du secteur permettrait à l’Europe de garder un système bancaire autonome. En effet aujourd’hui aucunes banques européenne n’a les moyens de se positionner globalement alors que les banques américaines disposent d’une de frappe financière qui leur permet, avec quelques trimestres de profit, de faire main basse sur la banque européenne. Les banques japonaises sortent de leur crise. Les banques chinoises accumulent des réserves qui font  d’elles, dès aujourd’hui, des prédateurs à l’échelle mondiale, Nous prenons comme exemple la Commercial Bank of China et la China Construction Bank qui se disputent, depuis peu,  les deux premières place au classement des banques mondiales en termes de capitalisation

 

 

deux solutions inconciliables….

 

Pour tenter de prévoir le futur de l’industrie bancaire Européenne, il faut avant tout s’interroger sur le positionnement qu’elle doit adopter pour créer de la valeur (assurer sa rentabilité). Cela revient à se demander comment aménager les marchés sur lesquels elles interviennent, jouer avec leurs imperfections afin de maîtriser l’évolution de leur marge. Hors deux stratégies sont possible:

 

·         La première consiste à chercher un avantage en termes de coûts de production, en jouant notamment sur un effet de taille qui suppose une certaine standardisation de la production, ce qui rend cette solution difficilement conciliable avec la suivante :

 

·         La seconde consiste à différencier les produits et services commercialisés pour générer une situation de concurrence monopolistique. La réduction de la pression concurrentielle s’opère par fragmentation du marché. La taille n’est plus alors un avantage déterminant, l’idée étant plutôt d’établir des relations plus étroites avec la clientèle pour en connaître et en satisfaire les préférences.

 

mais une architecture de développement durable reste possible.

 

Si l’on peut adhérer à l’idée que c’est la banque de détail qui constitue le socle de l’architecture du système bancaire, c’est donc de ce niveau que doit partir la réflexion sur le futur de l’industrie. C’est donc dans la distribution qu’il y a du potentiel d’optimisation d’envergure à faire et non dans la production. Dès lors l’architecture la plus probable serait : le développement de banques de détails gérant des relations de proximité (physique via agence ou virtuelle via internet) servies par des établissements indépendants spécialisés, fournisseurs de produits et services aux banques de détail. Il s’agirait de banques de financement et d’investissement, des sociétés de gestion d’actifs, des sociétés d’assurance, des entreprises gérant certaines ressources informatiques, des entreprises productrices de services back offices, et également d’entreprises productrices des services non financiers : services à la personne, domotique, location de véhicules, formations des investisseurs individuels …

 

Cette solution implique que les banques Européennes se développent, métier par métier, sur les marchés européens, et en moindre mesure, asiatiques et américains tandis que quelques majors internationaux font des acquisitions ponctuelles en Europe. Ceci aura pour conséquence la quasi disparition des banques européennes sur la scène internationale, mais une forte spécialisation (à haute valeur ajoutée) sur le marché local à l’image des banques mutualistes.

 

L’autre sursaut pourrait être la constitution de groupes mondiaux à dominante Européenne capables d’exporter à l’échelle internationale leurs schémas de financement, en particulier dans le domaine du « corporate », à l’image de l’acquisition de ABN-Amro par Royal Bank of Scotland (RBS), Fortis et Santander bien que, il ne soit pas sûr que la vente à la découpe soit appropriée pour le secteur bancaire, même si celle-ci reste le plus sur vecteur de valorisation boursière à court terme.

 

Quoiqu’il en soit, il n’est pas d’autres industries, à l’exception, bien sûr, des technologies de l’information, où la hiérarchie mondiale évolue aussi rapidement que dans le secteur bancaire.

 

Une chose est sûre ; l’Europe bancaire est en mouvement et les très grandes bagarres sont à venir.

 

Soit elle se restructure pouvant dès lors prétendre jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale (elle en a les moyens). Soit elles restent « émiettées », solides sur le marché « retail » local mais lilliputiennes en dehors de celui-ci, tout en se rendant vulnérable aux prédateurs américains, japonais et chinois.

 

Pour le citoyen Européen le vrai enjeu de ce jeu de GO est autre part : Quelle sera la stratégie de nos banques Européenne sur l’échiquier mondial sachant que le financement, et donc l’indépendance, même de chacun de nos pays en dépend, et par voie de conséquence le bien être de ses citoyens?

 

C’est de cette question qu’il ressort l’évidence que la définition de l’avenir des banques Européennes ne peut être laissée aux seuls acteurs du secteur mais doit être étendu à l’autorité politique Européenne. Encore faut ’il l’identifier et en reconnaître la légitimité  d’une manière univoque. Mais d’abord et avant tout, la Commission doit mettre un terme à son libéralisme angélique au péril de mettre à mal le financement de nos économies nationales.

 

Publié dans L'Europe

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